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La femme est l’avenir de l’homme
publié le 23 Mai


La nazairienne Violaine Lucas a reçu le prix national d’éloquence mercredi 15 mai à Paris.

Violaine Lucas © photo Place Publique 
© photo Place Publique

Professeure de lettres à Saint Nazaire et secrétaire fédérale à la justice du PS44, Violaine Lucas est également étudiante en master 1 à la faculté de droit de Nantes, dans le but de devenir avocate.

C’est dans la salle d'assemblée générale du Conseil d'État, devant de grands avocats et de hauts magistrats qu’elle a soutenu le sujet « La femme est l’avenir de l’homme », une citation du  poète Louis Aragon, reprise par Jean Ferrat. Un sujet en or pour cette littéraire et militante féministe.

Le discours de Violaine Lucas du 15 mai au Conseil d’Etat :

« Monsieur le Président, Messieurs les membres du Jury,

Si j’osais, je vous demanderais volontiers de fermer les yeux, quelques instants, et d’imaginer que vous vivez dans une France dont, depuis toujours :

- le Président de la République est une femme ;

- le Premier Ministre est une femme ;

- le Président du Sénat est une femme ;

- le Président de l’Assemblée Nationale est une femme ;

- le Président du Conseil d’Etat est une femme ;

J’arrête et, de grâce, veuillez me pardonner cette audace…

Nous sommes d’accord, ce que je viens de vous décrire-là est un cauchemar, un véritable voyage en absurdie que je fais lorsque je m’ennuie. Mais ce constat est aussi, un cinglant démenti apporté à mon contradicteur. Si les femmes étaient, ne serait-ce que l’avenir politique des hommes, ça se saurait. Au lieu de cela, l’on est obligé de constater que, non seulement les femmes n’ont jamais été l’avenir de l’homme, mais même qu’elles ne le seront jamais. C’est en tout cas ce que je vais tenter de vous démontrer si toutefois je parviens à ne pas m’éloigner de mon sujet car il m’arrive d’avoir du mal à suivre une idée et à la développer jusqu’à son terme, de façon cohérente, sans l’aide de mon mari.

I-Oui, Monsieur le Président, ces exemples de l’invisibilité des femmes aux plus hautes fonctions, alors même qu’elles sont une majorité visible ou au moins audible, prouve par l’exemple que –et bien sûr cette idée n’est pas de moi mais «  de mon amoureux  » (dit comme pourrait le dire une ancienne femme de Président de la République)- (geste de remettre en place sa veste, à la façon d’un ancien Président de la République) «  le drame de la femme française c’est que la femme française n’est pas assez entrée dans l’histoire. La femme française ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par les enfants, les vaisselles, son corps. Et dans cet imaginaire, il y a quelqu’un qui m’a dit, qu’il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (…) la femme française échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne (…) Jamais la femme ne s’élance vers l’avenir.  » «  Alors ce serait donc vrai  » (dit comme dans la chanson).

Vous me l’accorderez, «  Entre l’angoisse existentielle que fait naître le sentiment de l’histoire  » et faire une quiche Lorraine, et bien oui la femme, instinctivement, préfèrera faire la quiche.

La femme n’a, en effet, de l’histoire qu’une vision limitée et elle n’a été programmée que pour s’inscrire dans une temporalité réduite : celle de la cuisson de l’oeuf à la coque (3 minutes), du bœuf bourguignon (3heures), de la poule au pot (10heures). C’est sa façon à elle de se projeter dans l’avenir, d’entrer dans la diachronie historique. La femme, ne peut guère se projeter que dans le temps de la cuisson. Confirmant ainsi la thèse de Landru, défenseur enflammé de la femme au foyer.

Je pense donc que non les femmes ne sont pas l’avenir des hommes parce qu’elles ont les enfants à amener à l’école. On voit très bien et l’on rit en imaginant ce que donnerait une société menée par les femmes. Mais elles ne sont pas responsables de ces ambitions démesurées que leur ont prêtées quelques illuminés. Tous les problèmes ont commencé lorsqu’on leur a accordé le droit de vote. Alors, je ne veux pas remettre en cause le bilan de Charles de Gaulle. Il y a eu de bonnes choses. Mais il faut avouer que sur ce coup-là, le général a commis une boulette. Il a oublié que «  du côté de la barbe est la toute puissance  ». (ton de grande bourgeoise et rire étouffé pour les phrases suivantes) : «  Accorder le droit de vote aux femmes… Non mais pourquoi pas, tant qu’il y était, accorder le droit de vote aux étrangers.  »

II-Cependant Monsieur le Président, d’aucun affirme que la femme est l’avenir de l’homme. Alors oui on peut l’entendre : la femme est l’origine de l’homme, elle est même l’origine du monde. C’est elle qui réussit l’amalgame de l’autorité et du charme. Se battant pour sa dignité, elle a obtenu, au prix de grandes luttes, le droit de travailler plus en gagnant moins que les hommes sans demander l’autorisation de son époux. Et sans doute qu’un progrès pour les femmes est un progrès pour l’ensemble de l’humanité et des chefs d’entreprises concupiscents.

Mais enfin, je suis quand même épatée de constater que les dégâts collatéraux de la prose du chanteur crypto-communiste Jean Ferrat, librement inspiré d’Aragon, a encore des répercussions sur des jeunes gens et précisément sur les concepteurs -traditionnellement dopés à la Fouine et à Bouba quand on a une vingtaine d’années- de ce sujet. On dirait un sujet d’un Lysias de province, un sujet de Lysias Nantes qui fera de vous plus qu’un étudiant. Parce qu’enfin qui connaît Jean Ferrat ? Qui connaît encore cette chanson de Jean Ferrat ?

Alors j’ai fait écouter à un camarade de la faculté ; celui qui m’appelle mother et qui est toujours en survêtement même-quand-il-n’y-a-pas-sport cette chanson et il l’a analysée. Il m’a dit : «  C’est une chanson de bolosse ton truc, mother  ».

(Tout ce passage comme si j’étais le jeune homme) : «  «  Le poète a toujours raison qui voit plus haut que l’horizon et le futur est son royaume  » trop j’me’tape des barres de walouf «  plus haut que l’horizon  » : trop chépère ton mec : un horizon c’est horizontal c’est pas vertical, si tu dis plus haut que l’horizon c’est que tu crois que l’horizon c’est ça comme (geste vertical) non mais c’est l’épic fail.

«  Votre lutte à tous les niveaux / De la nôtre est indivisible  ». Ta lutte et la mienne indivisible : trop chelou, meuf et mec ensemble, non tu laisses tomber ça mother wak, là c’est bon ça va m’énerver. C’est genre tu passes le BAFA là. On tape dans les mains on est autour du feu on se passe des splifs là.

«  Pour accoucher sans la souffrance / Pour le contrôle des naissances / Il a fallu des millénaires  » C’est quoi ça c’est un tract ? C’est des lyrics de daron quoi. C’est le seum la poésie ça comme, c’est le stephane plaza du vers quoi ton mec –là.  »

Cette chanson pour un jeune homme normalement constitué est donc irrecevable. Que s’est-il passé pour qu’aujourd’hui un jeune homme qui a l’air parfaitement sain d’esprit puisse venir nous affirmer que la femme est l’avenir de l’homme. On pensait en avoir fini avec Jean Ferrat, Michel Sardou, Jean-Luc Lahaye qui, rendant hommage aux femmes, leur donnait une sorte de droit de cité mortifère pour notre virile organisation sociale. Comment, les jeunes générations ont-elles connu ces chanteurs d’une autre époque ? «  Midi première  » serait-il enfin arrivé en province ? Je ne vois que cette explication. Car hélas, ils sont nombreux, Monsieur le Président, à affirmer aujourd’hui que quand ils seront en âge de se marier, ils passeront l’aspirateur et s’occuperont des enfants. Le traumatisme vient de l’enfance. Imaginez l’existence de ces jeunes gens apprenant vers 11 / 12 ans que les femmes sont des femmes «  jusqu’au bout des seins, et qu’elles roulent des patins aux conscrits / qu’elles sont enceintes jusqu’au fond des yeux et qu’on voudrait bien les appeler monsieur ?  » N’était-ce pas faire naître la terreur et dès lors la soumission aux femmes que de la leur présenter comme une «  contremaîtresse à l’usine/faisant le matin les abattoirs et dans la soirée le trottoir ?  ». Aider sa femme… Pourquoi pas tant que tu y es faire des fleurs en crépon pour la fête de l’école et être serviable avec les voisins ? Vivre comme des femmes, mais où va le monde ?

III-Si donc je suis convaincue que la femme n’est pas l’avenir de l’homme, c’est parce qu’en définitive, je suis convaincue que la femme est son propre avenir.

Arthur Rimbaud disait : «  Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, elle sera poète, elle aussi.  » Alors la femme-poète, là tout de suite et après avoir décortiqué la chanson de Ferrat, j’ai envie de vous dire ce n’est pas l’urgence. Mais posons la question quand même, comment brise-t-on le servage des femmes ?

C’est une leçon de littérature qu’il faut pour cela et de rouerie, si je puis me permettre. Ces leçons s’adressent plutôt aux représentantes du beau sexe mais pour ne pas ennuyer ces messieurs, je propose que pour une fois, ils fassent comme les femmes et qu’ils entendent sans comprendre. Qu’ils laissent leur esprit divaguer à ces leçons qui évoquent une publicité pour la lingerie féminine.

Leçon n°1 : Faire semblant d’être restée une enfant. C’est la fille-mère, Marceline dans le mariage de Figaro qui fait ce constat :

«  Dans les rangs même plus élevés, les femmes n’obtiennent des hommes qu’une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; nous sommes traitées en mineures pour nos biens, punies en majeures pour nos fautes !  » et Figaro en tire les conséquences suivantes : «  Sois belle, si tu peux, sage si tu veux ; mais sois considérée, il le faut.  »

Leçon n°2 : Parler la langue de l’ennemi.

Lire Les jeunes filles de Montherlant -dont la lecture est d’une cruauté bénéfique pour comprendre les rapports hommes-femmes- peut peut-être aider à sortir de cette servitude. «  Ce sont les femmes qui ont fait de l’affection une névrose (…) c’est l’amour-tel-que-l-entendent-les-femmes : niaiserie, jalousie, goût du drame, l’Hamour avec un grand H pour en souligner le ridicule  »

L’amour avec un grand H. Montherlant aurait fait fureur aux anges de la téléréalité.

Leçon n°3 : Savoir que l’on a tous les talents.

De même que l’homme sait laver sa voiture, la femme sait parler, elle doit donc utiliser ce talent dans l’éloquence. Je me souviens ainsi de ce groupe de touristes constitué essentiellement de femmes, rencontré au nord des Etats-Unis et à qui un guide d’une très grande patience mais qui ne manquait pas d’autorité disait : «  Et maintenant mesdames je vais vous demander de bien vouloir vous taire afin que nous puissions entendre les chutes du Niagara.  »

Alors, mes demoiselles, osez ! Emparez-vous de ces domaines qui ne sont pas les vôtres en portant toujours le joli loup de la féminité. Ce sera un peu rentrer dans l’histoire. Ne soyez pas contre les hommes, mais tout contre les hommes et faites de l’Humour avec un grand H. Vous refuserez ainsi tout à la fois cette vie «  stupide et bête qui vous est faite  » par certains hommes, tout en évitant la caricature des Erinyes d’un féminisme agressif.

Mais il me semble entendre déjà quelques critiques :

«  Mais ces conseils pour dissimuler sont ignobles, vous êtes infâme !  »

Non je ne suis pas infâme, Monsieur le Président, Messieurs les membres du jury, ouvrez les yeux, non je ne suis pas infâme, je suis une femme. »



  • 2013-05-26 Laurence

    " à part peut-être Mme Thatcher" ... juste bizarre de ne pas avoir fait référence à Renaud ?!...

  • 2013-05-24 Laurence

    J'aurais aimé l'entendre ! Merci et bravo d'une autre femme

  • 2013-05-24 emilie dourau

    Très bonne vision des choses et des mentalités! Espérons que les jeunes filles et jeunes femmes continueront à oeuvrer pour que l'avenir de la femme lui appartienne!