Que serait une newsletter sur la lecture sans quelques recommandations de quelques-unes de nos libraires, à l’ADN féministe, préférées ? Nous avons donc contacté les librairies La petite gare à Rezé, La dévoreuse à Angers et La librairie invisible, librairie itinérante, qui vous ont concocté une sélection aux petits oignons.

La petite gare – Rezé
Coup de cœur de Nolwen Gandon

Dents noires et sourire radieux, Adelle Stripe, éditions Typhon

« Je recommande la biographie, très romancée, de l’écrivaine britannique Andrea Dunbar par Adelle Stripe, Dents noires et sourire radieux. Tout se passe dans le nord de l’Angleterre, on y suit la carrière éclair d’Andrea Dunbar. Elle a eu une trajectoire fulgurante mais ne s’inscrit pas comme une transfuge de classe. Elle dépeint, dans son premier roman, le monde prolétaire dans lequel elle vit. Il y a beaucoup d’addictions, de problèmes d’argent… Elle accède à la notoriété « grâce » à eux, les rebus de la société, avant de comprendre qu’elle devient un phénomène de foire. Ses récits permettent à une certaine bourgeoisie blanche de dire « regardez comme ils vivent ! » L’écriture d’Adelle Stripe est aussi punk que l’était la vie d’Andrea Dunbar. C’est un super personnage de femme, brillamment raconté. Je le mets quand même dans la catégorie des romans car l’autrice utilise des dialogues, des descriptions et l’a écrit au présent. Quant à la maison d’édition Typhon, c’est une super maison qui s’intéresse aux auteurs anglais post Thatcher qu’on appelle les « angry young men » (car il s’agissait principalement d’hommes…) »

La librairie invisible – librairie itinérante
Coup de cœur de Martina Pacifici

Vieille, Delphine Panique, éditions MISMA

« Je recommande la BD Vieille de Delphine Panique, sortie en 2025. Je trouve qu’elle incarne parfaitement la queerness, au sens premier du terme, « la bizarrerie » et le féminisme. C’est un personnage de vieille femme aigrie, particulièrement drôle. L’autrice y dépeint la place d’une femme dans une société qui la rejette. La question de l’âgisme m’est très chère mais aussi celle du culte du corps. Les univers queer sont peuplés de corps qui rentrent dans les standards, qui sont jeunes et musclés et toute une partie de la population est encore sous représentée. Ce petit personnage un peu fou fait beaucoup de bien ! On retrouve chez elle l’humour et la folie de l’autrice, Delphine Panique. Quant à la maison d’édition MISMA, je trouve qu’ils soignent réellement toutes leurs publications. Ils font de chaque objet quelque chose d’unique et en même temps on reconnaît vraiment leur patte. »

L’avis de Martina sur ce qu’on appelle la rentrée littéraire

« Je propose ici un livre qui est « vieux » d’un an mais qui a toute sa place ! Je suis critique vis-à-vis de la notion de rentrée littéraire qui va de pair avec cette idée de performance : il faut vite sortir des livres et vite les vendre. Parfois, ces livres qui ont mis des années à être écrits et/ ou dessinés par leurs auteur·ices ne sont valorisés que quelques semaines. Je lutte donc contre cette notion de nouveauté car un livre qui a cinq ans a autant sa place qu’un livre sorti il y a deux jours. »

La Dévoreuse – Angers
Coup de cœur de Laura

Prendre forme, Dolki Min, ed. Atalante

Extrait : « Les normes sont des murs en verre : tant qu’on ne s’y cogne pas, l’illusion ne se brise pas. »

« Un·e extraterrestre essaie tant bien que mal de se faire une place parmi les humain·es, forcé·e à se nourrir de leur chair pour survivre, guidé·e par le désir brûlant d’appartenance et d’amour. Un court roman qui porte un regard tour à tour acerbe et bienveillant sur qui nous sommes et ce besoin obsessionnel des êtres humains de tout catégoriser, mettre dans des cases ainsi que les difficultés de s’y conformer. Une réflexion gore et philosophique sur l’identité, la solitude et le handicap. »

Coup de cœur de Louise

Décolorer sa fille, Lucie Bérard, ed. Les Intranquilles

Extrait : « Nous n’avons pas le droit à des vrais murs, nous n’avons pas le droit à l’élégance des cloisons épaisses. J’ai pris un train, j’ai pris Tom, j’ai pris mon chien, j’ai tout fui mais j’ai oublié que tout ça, ça colle. La tour et mon corps, ça s’est aggloméré. »

« Paula, 25 ans, est “esthéticienne au chômage”. La beauté et les injonctions à la perfection sont au cœur de son métier, et elle s’applique chez elle à tout lisser, tout récurer méthodiquement, en se remémorant son ancienne vie dans des tours HLM de banlieue parisienne auprès des femmes de sa famille. Dans ses souvenirs, des failles, des brèches, apparaissent peu à peu, qui dévoilent combien la pauvreté et une enfance meurtrie peuvent tout faire basculer. La tension monte petit à petit, les murs se resserrent autour des lecteurices, on étouffe avec Paula. »

Coup de cœur commun

Déclaration d’indépendance, Sophie Riche, éditions Eyrolles

Extrait : « Si j’avais su que c’étaient là les derniers moments d’intimité que j’étais en train de passer avec cet homme avec qui on s’est aimés si fort pendant si longtemps, j’y aurais mis les formes. Je me serais un peu sapée.”

« Le monde de Chloé s’effondre : elle se fait quitter après six ans de relation amoureuse et son patron n’a plus la moindre empathie envers elle et la pousse vers la sortie. Elle se donne alors six mois pour mettre en place une Méthode pour se remettre d’une rupture, qu’elle documente sur les réseaux sociaux. Ce roman feel-good mais engagé fait vraiment du bien : c’est une ode féministe et queer à l’amitié, un vrai voyage vers l’indépendance qui saura vous émouvoir à coup sûr. »

Rédaction : Aurélie Lehéron