Longtemps absente des politiques d’accompagnement, la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur d’inclusion. En Pays de la Loire, le centre ressource Intimagir agit pour faire reconnaître un droit fondamental : celui d’aimer, d’être aimé… et de choisir.

Intimagir n’est pas né par hasard. Le dispositif s’inscrit dans la continuité du Grenelle des violences conjugales organisé en 2019, qui a mis en lumière une réalité alarmante : les personnes en situation de handicap sont particulièrement exposées aux violences, notamment sexuelles. « L’idée, c’est de promouvoir la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap », explique Carole Landelle, coordinatrice régionale d’Intimagir Pays de la Loire. Ouvert en 2023 dans la région, le centre ressource s’adresse à tous·tes  : personnes concernées, proches aidants et professionnel·les. Il s’appuie sur une approche pragmatique : informer, orienter, former et outiller pour répondre à des besoins longtemps laissés dans l’ombre.

L’amour, un droit encore empêché

Aimer devrait aller de soi. Pourtant, pour de nombreuses personnes en situation de handicap, l’accès à une vie affective reste semé d’obstacles. En cause : des représentations tenaces mais pas que. « On est face à un double tabou : celui de la sexualité et celui du handicap », souligne Carole Landelle.

Ces freins se traduisent concrètement : difficultés à faire des rencontres, à exprimer ses désirs, à vivre une relation au grand jour ou simplement à partager une intimité. Dans certains établissements, les peurs juridiques ou morales conduisent encore à limiter, voire empêcher, les relations entre adultes. Résultat : la vie amoureuse reste souvent perçue comme « accessoire ».

Accompagner, former, libérer la parole

Face à ces constats, Intimagir agit sur plusieurs fronts. Le centre propose des ressources, met en relation les acteur·ices du territoire et répond aux demandes individuelles. Certaines personnes sollicitent le dispositif pour des questions très concrètes : « Comment faire des rencontres ? » D’autres expriment des besoins d’accompagnement plus spécifiques, parfois liés à des situations de violence.

Les professionnel·les, de leur côté, font appel à Intimagir pour mieux comprendre et accompagner. « Souvent, ils et elles sont démuni·es face à ces sujets », observe Carole Landelle. La formation devient alors un levier essentiel pour faire évoluer les pratiques. Cette montée en puissance se traduit aussi dans les chiffres : les sollicitations, encore marginales au lancement du dispositif en 2023 (quelques demandes), sont passées à 17 en 2024, puis 39 en 2025 et déjà 42 à mi-2026, signe d’un besoin croissant et d’une parole qui se libère progressivement.

Un point central structure ces actions : le consentement. « Ce n’est pas seulement dans la sexualité, c’est dans tous les gestes du quotidien », rappelle-t-elle.

L’amour comme levier d’inclusion

Au-delà de l’accompagnement individuel, Intimagir porte une vision plus large : faire de la vie affective un enjeu d’inclusion à part entière. Car permettre à chacun·e d’aimer et d’être aimé·e, c’est aussi prévenir les situations de violence. « Plus on accepte, accompagne et éduque, plus on permet aux personnes d’être dans un mieux-être et plus on lutte contre les violences sexistes et sexuelles », insiste Carole Landelle.

En creux, c’est toute une société qui est invitée à évoluer. Reconnaître les désirs, écouter les besoins, ajuster les pratiques : autant de leviers pour garantir l’effectivité des droits.

Rédaction Florence FALVY