C’est quoi l’amour ? Les Fameuses se sont rendues à la Marche des Fiertés de Nantes et ont posé la question à ses participant·es.
Il fait chaud, très chaud, en ce 13 juin 2026. Depuis deux semaines, une canicule printanière, provoquée par le changement climatique, étouffe le centre-ville de Nantes. Heureusement, la chaleur, et l’inquiétude qu’elle provoque, n’ont pas empêché plus de 20 000 personnes de rejoindre les chars colorés qui les attendent sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre. Leurs passager·es sont tout aussi bigarré·es : de somptueuses drag queens, danseur·euses et autres troubleur·euses du genre remuent leurs éventails avant le top départ de la marche des fiertés nantaise, édition 2026.
Cette année, le mot d’ordre proposé par les organisateur·ices de la Pride est limpide : « Nos communautés fières et organisées contre le fascisme ». Avec le réchauffement climatique, voici l’autre danger qui guette : la montée violente et dangereuse de la haine de l’autre dans un contexte de néolibéralisme écrasant. Le programme n’est pas réjouissant. Alors, convoquer l’amour et la joie en de tels circonstances ? Pas facile, mais ça a tout à y voir.
« L’amour, c’est la vie ! »
Le défilé commence, la foule entame la marche de 3,5 kilomètres qui traversera le centre-ville. La techno rebondit contre les murs des immeubles, les milliers de pancartes se lèvent : « Avec des pédales, on avance plus vite », « Moins de fachos, plus de clito », « voter à droite tue »…
« C’est ma première pride ! » Victor est tout sourire, les mains occupées par la poussette dans laquelle niche son bébé. « C’est pour lui que je viens, c’était important. L’amour, c’est la famille, c’est la tolérance, c’est lui. » Victor n’est pas le seul à être venu en famille. Des enfants sont sur leurs épaules de leurs mères lesbiennes, de leurs pères gays. Des parents marchent avec leurs enfants LGBTQIA+.
A côté de Victor, un jeune couple, maquillé, vêtu de noir, de résille et de cuir chemine doucement. Pour eux, l’amour représente la connexion, le lien qu’on partage ensemble et venir à la pride, c’est clamer « qui on est, ce qu’on pense, dire qu’il n’y aucun tabou sur l’amour, que l’on peut aimer qui on veut, être qui on veut. » En partant, ils rajoutent qu’ils viennent ici montrer « qu’on n’est pas seul » à aimer, à penser l’amour, autrement que ce qu’établit l’ordre hétéro-patriarcal. L’amour, c’est intime mais pas que. C’est ce que confirme Lara, qui est venue avec sa compagne et ses copines : « l’amour, c’est la vie. C’est de se réveiller à côté de son amoureuse le matin. Et l’amour queer, c’est politique. C’est vivre en dehors de la norme, qu’on le veuille ou non. On subit toujours le regard des autres, quand on marche main dans la main dans la rue. La pride nous permet d’exister publiquement à un moment dans l’année.»
« L’amour est politique »
La foule remonte dans les rues étroites de Bouffay. Elle suit les chars des clubs CO2 et Warehouse, mais aussi ceux de la CGT ou de l’association LGBT de la SNCF. On danse, on boit beaucoup d’eau, on chante. On crie aussi pour la Palestine et contre le CRA, un projet de création d’un centre de rétention des personnes étrangères à Nantes Carquefou. On dénonce la montée de l’extrême droite et les dangers qu’elle représente. Tout se mêle, car tout est lié.
Sandy lève une pancarte « Votez LFI ». Iel raconte sa peur de voir le Rassemblement national gagner la prochaine élection présidentielle et les conséquences que cela aurait « pour les personnes queer, pour les personnes trans, pour les personnes arabes, noires, musulmanes. On ne veut pas vivre dans ce monde-là. Il faut lutter contre ».
Historiquement, la pride est une émeute. Aujourd’hui quelque peu édulcorée, elle reste un moment festif et politique qui permet d’afficher un rapport de force face au climat politique actuel en France. « Le droit de s’aimer, c’est la première chose qu’on revendique », assurent Valentin et Rémi, deux amis aux allures androgynes, tous deux vêtus de tissu vert. Iels ressemblent à des fées. « Dans des contextes religieux et politiques où l’on essaye de nous faire croire que l’amour requiert une maman et un papa, l’amour c’est politique ».
Il est 17h30. Le défilé se termine là où il a commencé. On éteint la musique, les drag queens quittent leurs chars. La foule s’éparpille et rejoint les bars du centre-ville où la fête promet de continuer jusque tard dans la nuit. Quelques pancartes abandonnées rappellent le mot d’ordre de la pride, « exister, c’est résister. Résister, c’est exister. »
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Rédaction : Marine Raut